17 mars 2010

La tragédie

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1 - Histoire de la tragédie
- La tragédie naît dans l’Antiquité, à Athènes. Les dialogues des acteurs alternent avec le chant du chœur, et les malheurs survenus à de grands personnages sont mis en scène. Aristote, dans La Poétique, détermine les six parties qui composent la tragédie : "la fable, les caractères, l’élocution, la pensée, le spectacle et le chant" (chap. 6). Il montre que la tragédie a pour but de susciter la terreur et la pitié afin d’opérer une purgation des passions qu’il nomme catharsis. C’est au Ve siècle av. J.-C. que la tragédie antique connaît son apogée avec Eschyle, Sophocle et Euripide.
- Au début du XVIIe siècle, un genre nouveau apparaît : la tragi-comédie a pour particularité de présenter un dénouement heureux (Le Cid de Corneille, 1636). Le XVIIe, siècle du classicisme, voit l’apogée d’un genre tragique qui devient extrêmement codifié. La tragédie est en vers, comprend cinq actes, doit présenter des personnages de haut rang et s’inspirer de sujets antiques (Cinna, Rodogune de Corneille), mythologiques (Phèdre, Andromaque, Bérénice de Racine), bibliques (Esther, Athalie de Racine). Le sujet tragique par excellence est le conflit de la passion avec la raison. L.Goldmann définit ainsi l’homme tragique dans Le Dieu caché (Gallimard, 1976) : L’homme est un être contradictoire, union de force et de faiblesse, de grandeur et de misère ; l’homme et le monde dans lequel il vit sont faits d’oppositions radicales, de forces antagonistes qui s’opposent sans pouvoir s’exclure ou s’unir, d’éléments complémentaires qui ne forment jamais un tout. La grandeur de l’homme tragique, c’est de les voir et de les connaître dans leur vérité la plus rigoureuse et de ne jamais les accepter.
La tragédie est régie par la règle des trois unités ainsi que par celles de la bienséance et de la vraisemblance.
- Au XIXe siècle, la tragédie disparaîtra au profit du drame romantique, avant de réapparaître au XXe siècle sous forme de mythes tragiques (le mythe d’Électre, d’Œdipe) sans que le genre renaisse réellement de ses cendres. D’ailleurs, Jean Giraudoux parle de "comédie tragique" à propos de La guerre de Troie n’aura pas lieu (1935) et Jean Anouilh de "pièce noire" à propos de son Antigone (1944). On trouve également dans le théâtre de l’absurde des éléments tragiques qui témoignent d’ une angoisse existentielle (En attendant Godot de Samuel Beckett, 1953).

2 - Les caractéristiques de la tragédie
Elle se distingue par :
• Le choix d’un sujet noble.
• Une action simple et grande. Racine écrit dans sa préface de Bérénice (1670) :
Ce n’est point une nécessité qu’il y ait du sang et des morts dans une tragédie : il suffit que l’action, que les acteurs en soient héroïques, que les passions y soient excitées, et que tout s’y ressente de cette tristesse majestueuse qui fait le plaisir de la tragédie.
Elle doit s’achever dans le chagrin et le deuil.
• Une structure classique : l’exposition, le nœud accompagné de quiproquos, de péripéties, et le dénouement qui voit souvent la mort d’un personnage.
• Des thèmes récurrents : l’amour, la haine, la jalousie, le sens de l’honneur et la fatalité contre laquelle l’homme tragique ne peut rien.
• Le dynamisme du héros : le héros tragique est héroïque.
• Des procédés rhétoriques particuliers : l’alexandrin reste le vers tragique par excellence. On trouve de nombreux procédés d’amplification qui visent à rendre les personnages héroïques. Le monologue rend compte des conflits internes des personnages, et le récit tragique a pour fonction de faire l’éloge d’un héros ou d’une action héroïque impossible à représenter sur scène. L’hypotypose permet de faire vivre sous les yeux du spectateur une action qui
n’a pas pu se dérouler sur la scène.

3 - Les procédés tragiques
La tragédie utilise des registres différents :
• Le pathétique suscitant émotion et compassion chez le spectateur.
• L’épique intervient souvent dans le récit de la mort des héros (par exemple, le récit de la mort d’Hippolyte dans Phèdre de Racine).
• Le lyrisme : on le retrouve dans l’expression des passions des héros ("Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue", Phèdre, 1677).
• Le tragique intervient lorsque les personnages ont conscience que le destin les accable et qu’ils ne peuvent lutter.
• L’ironie tragique intervient lorsque les personnages constatent avec une certaine dérision qu’ils sont les jouets du destin.
ULYSSE. - Vous êtes jeune, Hector !... À la veille de toute guerre, il est courant que deux chefs des peuples en conflit se rencontrent seuls dans quelque innocent village. (Jean Giraudoux, La guerre de Troie n’aura pas lieu, Grasset, 1985)

Posté par inzastef à 16:44 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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